« Ces gens là, s'ils étaient
carrés en affaires, manquaient toutefois d'une certaine rondeur dans
leurs manières »
Je suis un acheteur public, un gars « carré ». C'est vrai, je le reconnais : j'aime les angles bien droits, les droites bien longilignes et de même longueur. J'évite tout ce qui ressemble à une spirale, une courbe ou autre rondeur. Le carré c'est simple, il ne faut surtout pas de cercle, sinon on tournerait en rond !!
J'ai mes habitudes, ça fait vingt ans que je fais comme ça, et je n'ai jamais eu de problèmes ! Alors, pourquoi je changerais ?
J'avoue, je me suis fixé un sacré
objectif, pour être peinard : le « zéro risque ».
Je reprend le même cahier des charges que la dernière fois,
l'estimation du marché est le prix du dernier attributaire (allez,
je lui colle un 5% de plus pour tenir compte du « prix du
marché »). Les pièces du marché à rédiger ? Voyons,
il suffit de copier-coller une recette qui a déjà fait ses preuves,
je garde ainsi mes angles droits. Parfois, je m'inquiète : le
cahier des charges habituel risque de ne pas convenir ... La
solution ? Je me connecte sur le forum Agorapublix et il
suffit de poster la question : « Hé les copains, qui
aurait un cahier des charges à me filer pour mon achat ? ».
Je reçois un message privé, je recopie, et la vie est belle.
« C'était le bon temps », comme dit le collègue des travaux.
Et puis je l'ai vu arriver un jour, le « man in black ». Le jeune, soi-disant qu'il vient du privé, qu'il a fait un Master 2 « droit du pipeau ». Il veut savoir ce que je fais pour le « verdissement de la commande publique ». Le « quoi ça » ? C'est un jeu, c'est ça ? Le bingo des mots inventés ? En tous cas, les règles de ce jeu, je ne les connais pas. Ça doit venir de chez les bobos de Paris.
Pourquoi je ne mets pas en place un système d'acquisition dynamique ? Est-ce que j'utilise le droit de préférence dans mes marchés ? Je dois motiver mes courriers aux entreprises perdantes ? Qu'est-ce je pense des contrats de partenariat ?
Non mais, pour qui il se prend le cravaté de chez Ernest et Levieux ? Faut pas pousser mémé dans les orties, hein, mes marchés je les connais !! Ils sont anciens, surannés ou démodés, n'empêche qu'ils donnent toujours satisfaction.
Ce n'est pas parce qu'il est adepte des belles cylindrées, que je vais rejoindre son « cercle ». C'est vrai quoi, moi je suis un acheteur public, je suis un gars « carré ».

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